Emma Casanove romans, nouvelles
Emma Casanove                                            romans, nouvelles

Patrick Vilallongue est un artiste de l'image. Moi, je joue avec les mots.

J'en ai posés quelques-uns sur ses oeuvres, découvrez-les.

 

Folie

 

Qui va là ? Y a-t-il quelqu’un ? Répondez-moi, je vous en prie.
Un, deux, trois, quatre.
J’ai froid. Une couverture, quelqu’un.
Ouvrez, laissez entrer le soleil.
Ouvrez la fenêtre,
je veux sentir la chaleur de ses rayons sur mon corps abîmé.
Un peu de douceur sur mes plaies béantes.
Un peu d’air pour sécher tout ce sang.
Ouvrez ! Ouvrez !
Où suis-je ? Depuis quand ? A jamais ?
Quelqu’un ! M’entendez-vous ?

Il n’y a plus que moi. Moi seule. Et des millions de lames acides.

Au n°12 rue...

 

Là. C’était là.
La grille n’était pas encore rouillée.
Le volet, désormais clos, battait alors le vent de nos amours interdites.
De nos corps à corps condamnés.
Là. C’était là.
Un frisson inavouable.
Des souvenirs impies.

Manège

 

Tout n’est que jeu, non ?
Avancer. Un tour, deux tours.
Reculer. Juste un peu.
Sourire. Se mordre les lèvres.
Hésiter, redouter.
Rire, aimer.
Lâcher prise, savourer.
Exister.

Et pleurer ?

Vautour

 

Dis, Papa, on y va ?
Il va faire nuit tout à l’heure, j’ai un peu froid.
Dis, Papa, on y va ?
J’ai faim, aussi.

Dis, Papa, c’est quoi ce grand oiseau qui nous observe ?
Il est drôle avec sa tête sans plumes.
Dis, Papa, on y va ?
Parce qu’il me fait peur, tu sais.

Dis, Papa, pourquoi tu ne dis rien ?
Pourquoi tu ne bouges pas ?
Dis, Papa, pourquoi j’ai envie de pleurer ?

Supplique

 

Non.
Non !
Tu t’éloignes, j’ai froid.
Tu fuis, je m’écroule.
J’ai si peur, si mal.
Je me meurs.
Epargne-moi.

Le bleu est infini,

Le vertige me noue,

Je titube

Et m'accroche à la paroi de verre.

Je ne peux que chuter, sombrer, un peu plus bas encore.